|
Félicitations à :
Premier prix - Gagnant d'un
laissez-passer annuel
Niran Kadhim pour l'histoire «
My First Ride » ( Mon premier trajet )
Deuxième prix - Gagnants d'un
laissez-passer mensuel
Mention honorable
Mon premier trajet,
Niran Kadhim
Comme je suis né à Ottawa, le Transitway a toujours fait partie de ma
vie, que ce soit lorsque je me dépêchais pour arriver à temps à mes
cours, dans mes allers-retours entre le travail et la maison ou quand je
me rendais à un concert. J’y ai vécu de multiples expériences au fil des
années, mais si je ne devais en dégager qu’un seul souvenir précieux, je
citerais la première fois où j’ai pris l’autobus avec mon garçon, il y a
à peine deux ans.
Comme la plupart des parents néophytes, je cherchais constamment à faire
découvrir de nouvelles expériences à mon fils, en particulier celles qui
m’avaient été agréables. Or, un de ces plaisirs tout simples que je
voulais faire goûter était l’excitation d’une balade en autobus urbain.
Un jour, donc, je suis sorti de la maison et j’ai assis mon petit
bonhomme sur mes épaules (comme le faisait mon père quand j’étais jeune
– et comme l’ont fait presque tous les papas depuis la nuit des temps).
Nous avons marché jusqu’à la station Westboro, descendu l’escalier («
Tiens-toi bien! »), et attendu patiemment l’autobus. Mon fils était tout
émerveillé de voir l’étendue du tunnel du Transitway, admirant le roc
grossièrement dynamité et la vitesse des autobus se dirigeant vers
l’ouest.
Nous n’avons pas attendu longtemps avant que notre autobus arrive. Nous
y sommes montés et sommes demeurés assez à l’avant pour avoir la
meilleure vue possible. Mon garçon tentait tant bien que mal de suivre
des yeux le tunnel, les sculptures et, plus loin, les maisons de la rue
Scott qui se succédaient tandis que notre autobus filait à toute allure.
À l’approche du centre-ville, je lui ai annoncé que nous aurions bientôt
le plaisir, non, l’honneur, de faire sonner la cloche pour que l’autobus
arrête à notre destination. Quand ce fut le temps, je l’ai invité à se
mettre debout et à saisir fermement le câble jaune dans son petit poing
potelé. Mon fils s’est levé sur le siège, m’a regardé avec l’air
d’attendre quelque chose, comme pour demander « Maintenant Papa? Je peux
faire sonner la cloche? » et, le moment venu, j’ai dit : « Vas-y, tire !
» Ding!
La fierté qu’il a ressentie d’avoir fait s’immobiliser cet autobus
articulé de 20 tonnes d’OC Transpo juste pour avoir activé la sonnette
était palpable. À la maison, il ne lui arrive pas toujours de pouvoir
choisir ne serait-ce que le pantalon qu’il devra porter, mais là, il
était le maître de ce gigantesque char d’acier. Je l’ai pris dans mes
bras, et nous sommes descendus de l’autobus pour poursuivre notre
aventure père-fils au centre-ville, qui s’annonçait fort prometteuse
après un départ aussi excitant.
Une promenade en autobus est une expérience si banale, si insignifiante
pour le navetteur quotidien moyen. Or, ce jour-là, ce fut la plus belle
activité que mon garçon et moi avons faite ensemble. Je ne peux refouler
le sentiment de fierté qui m’envahit quand je vois mes enfants découvrir
une nouvelle facette de la vie, que ce soit d’eux-mêmes pour la première
fois ou avec Maman ou Papa tout près. Chaque moment que nous partageons
me laisse une impression indélébile qu’ils ne pourront véritablement
apprécier que lorsqu’ils auront à leur tour des enfants. Notre randonnée
en autobus de ce jour-là constitue certainement l’un de ces moments
précieux, et il s’agit de mon souvenir le plus cher en lien avec le
Transitway.
Mieux vaut tard que jamais...,
Keith Farrier
J’étais un peu en retard,
cet après-midi-là – ma réunion avait duré plus longtemps que prévu.
J’avais un bon bout à faire, du chemin Startop à Stittsville, mais je
pouvais encore reprendre le temps perdu, puisque j’étais tout près du
Transitway - et je n’aurais pas à attendre aussi longtemps qu’à
l’habitude pour attraper mon autre autobus... Je venais tout juste de
déménager dans le secteur ouest, et je savais que, tôt ou tard, mon plan
de ‘rentrée tardive ’ allait être mis à l’épreuve – je sautai donc à
bord du 95 en direction ouest, depuis la station Cyrville, en route vers
la station Hurdman.
« Pff… tout baigne! », me dis-je, en voyant mon autobus arriver plus tôt
que prévu. Mais remarquant le numéro « 62 » à l’avant du véhicule et le
numéro « 262 » sur le côté de l’autobus, je demandai au chauffeur si
l’autobus était bien le 262. Il hocha de la tête en m’avouant qu’il
avait de la difficulté avec les chiffres... Je montai donc à bord de
l’autobus avec les autres usagers – que je ne reconnaissais pas du tout,
mais bon… ce n’était pas l’autobus que j’avais l’habitude de prendre,
alors... En peu de temps, nous filions sur le Queensway, en direction de
la sortie du chemin Carp… ou du moins, c’est ce que je croyais jusqu’à
ce que nous prenions la bretelle de sortie du chemin Eagleson.
« Peut-être cet autobus s’arrête-t-il au parc-o-bus », pensai-je (ou
espérai-je), mais j’eus tôt fait de constater que je suivais le trajet
panoramique de Kanata. J’eus un moment d’hésitation à la station
Hazeldean et ratai l’occasion de changer de parcours, mais comme tout
homme qui ne s’est jamais égaré à un moment donné (c’est-à-dire chacun
d’entre nous), j’en pris pour mon rhume, certes déterminé à ne pas
l’admettre. Envisageant ma très longue marche jusqu’à la maison,
j’attendis que le dernier passager quitte l’autobus pour demander au
chauffeur si nous étions parvenus « au bout du trajet », à quoi il
répondit : « Oui, nous sommes rendus ».
Lui disant que je croyais avoir emprunté le 262, mon chauffeur reconnut
immédiatement que nous nous étions mal compris à la station Hurdman. Il
me demanda alors où j’habitais, et sans hésiter il fit demi-tour avec
l’autobus pour me conduire à Stittsville. Il communiqua avec son
répartiteur pour obtenir l’autorisation de dévier de son parcours, mais
je suis persuadé qu’il ne s’agissait-là que d’une formalité, car il
était déjà déterminé à rectifier la situation.
Aussi impressionné et reconnaissant que je fusse, j’entamai une
conversation avec mon chauffeur. Je lui demandai donc si son accent
était américain… J’appris alors qu’il était venu au Canada pour jour au
football, et qu’il avait élu domicile à Ottawa. Quelle ne fut pas ma
joie d’apprendre que mon chauffeur d’occasion n’était nul autre que M.
Larry Cates, que j’avais tant admiré jouer pour les Rough Riders quand
j’étais plus jeune!
Peu de temps après, j’aperçus mes voisins dehors, fort amusés de me voir
descendre d’un si grand véhicule privé, directement devant ma maison.
Nous avions invité des membres de la famille à souper, ce soir-là, et je
mourais d’envie de leur raconter mon histoire! Nous avons tous bien
rigolé, et je suis persuadé que ce trajet à bord d’OC Transpo sera
probablement le plus mémorable de toute ma vie d’usager du transport en
commun!
"OC Transpo Christmas Gifts of Kindness", Lois Drummond
J’inclus 2 histoires, car
elles concernent peut-être le même chauffeur d’autobus. S’il s’agit
toutefois de deux chauffeurs différents, c’est que vous avez engagé deux
personnes extraordinaires.)
Vers la fin des années 1990, au mois de décembre, je souffrais d’une
hernie discale infligée au travail, et je montais difficilement dans
l’autobus numéro 32 ou 34 qui allait d’Orléans vers le centre-ville. Le
chauffeur s’est montré très attentif et m’a aidé à m’installer dans mon
siège. Il a arrêté l’autobus en face de la clinique, de l’autre côté du
boulevard Saint-Joseph, où je devais me rendre pour avoir une
radiographie de mon dos.
Deux heures plus tard, à la nuit tombée, je me rendais d’un pas
chancelant pour attendre l’autobus numéro 120 (aujourd’hui le 130) qui
devait me ramener à la maison. Ma blessure au dos était très douloureuse
et je redoutais le trajet bosselé en autobus.
J’ai alors remarqué une voiture stationnée dans le stationnement de
l’autre côté de la rue, et dont les phares clignotaient. Puis, un homme
vêtu d’un uniforme d’OC Transpo a traversé le boulevard Saint-Joseph et
m’a dit : « Je suis ici pour vous ramener chez vous madame ». Il
s’agissait du même chauffeur qui m’avait aidé plus tôt! À cause du fait
qu’il portait toujours son uniforme et qu’il y avait un siège de bébé
sur la banquette arrière de sa voiture, je ne me suis pas sentie menacée
et j’ai accepté son aide, car j’en avais vraiment besoin (je n’ai pas
l’habitude de monter dans la voiture de parfaits inconnus, et l’uniforme
d’OC Transpo équivalait pour moi à ce moment à celui de Superman!).
Pendant que le chauffeur me reconduisait chez moi, je lui ai demandé son
nom. « Henry », me dit-il. Il ajouta que le trajet que j’avais emprunté
cet après-midi était son dernier de la journée et qu’il habitait à
Orléans. Il dit aussi que j’avais vraiment l’air d’avoir besoin d’aide,
et il avait bien raison! Ce chauffeur était retourné immédiatement chez
lui, avait pris sa propre voiture puis avait attendu patiemment durant
plus de deux heures dans un stationnement froid, pendant que sa famille
l’attendait à la maison. J’ai tout de suite téléphoné à OC Transpo pour
raconter ce service exceptionnel!
Durant environ six semaines, des mois de novembre et de décembre 2000,
je me suis rendue célèbre auprès de mes compagnons d’autobus à cause des
sprints fous que j’exécutais tous les matins pour prendre l’autobus
numéro 39. Je montais à bord de l’autobus et montrais mon laissez-passer
en reprenant mon souffle et le chauffeur m’offrait toujours un sourire
et me disait toujours « Bonjour » avec un joli accent africain ou
antillais. Le 17 décembre, m’étant souvenu d’une campagne publicitaire
de Noël durant laquelle une jeune fille offrait à son professeur de
piano une boîte de chocolats, j’ai décidé de m’offrir le plaisir de
donner moi aussi un cadeau à quelqu’un. J’ai donc présenté une boîte de
caramels à ce gentil chauffeur d’autobus!
Le conducteur semblait vraiment touché; il m’a regardé et m’a dit avec
son charmant accent : « C’est très spécial pour moi, madame. C’est
aujourd’hui mon anniversaire ». Le moment ne pouvait mieux être choisi!
Qui aurait cru que l’année suivante, le même chauffeur serait en
fonction durant la même période, à la même heure, pour le même trajet.
Le vendredi 16 décembre 2001 (son anniversaire tombait un samedi,
journée durant laquelle il ne devait pas travailler), je lui ai présenté
une boîte emballée contenant des truffes et je lui ai dit : « Tu ne
pensais pas que j’allais oublier ton anniversaire, n’est-ce pas? » Son
visage s’est éclairé et il me dit : « Vous savez, madame, je pensais
bien vous avoir reconnu! », et il inclina la tête en signe de
remerciement.
Le lundi suivant, alors que je voulais descendre par la porte arrière de
ce même autobus qui m’emmenait à ma destination du centre-ville, le
chauffeur m’appela à l’avant. Il me présenta un petit colis emballé avec
soin. Je l’ai ouvert à mon bureau et j’ai fondu en larmes! Il s’agissait
d’un petit briquet en laiton avec l’inscription « 17 décembre 2001 » (il
avait remarqué qu’à chaque fois que je descendais de l’autobus,
j’allumais une cigarette!). J’ai toujours ce briquet et je l’utilise
seulement pour les occasions spéciales.
Nous sommes tous des individus anonymes qui désirent se rendre du point
A au point B et qui ont un horaire chargé. Il existe des personnes
remarquables, dotées de la faculté unique de voir plus loin que
l’anonymat, et qui prennent généralement soin des gens qu’ils côtoient.
Peu importe si ces histoires concernaient un chauffeur ou deux, j’offre
mes louanges à OC Transport!
Souvenirs du Transitway, Habiba Chakir
Quand je suis arrivé au Canada en 1997, j’ai dû
prendre l’autobus pour aller en ville demander ma carte d’assurance
sociale. Après cela, je suis retourné chez moi en autobus. Et pendant le
trajet, j’ai décidé à la dernière minute d’aller quelque part faire des
courses, ce qui fait que j’ai dû descendre de l’autobus en toute hâte.
Au bout de deux heures, je me suis rappelé que j’y avais laissé ma
mallette contenant tous mes documents d’immigration, mon passeport, mes
cartes d’identité et une grosse somme d’argent que j’avais prévu déposer
à la banque.
J’étais complètement perdu, et prêt à faire n’importe quoi pour
retrouver mes papiers et mon argent… Personne n’a envie de se trouver
dans cette situation dans un nouveau pays, je n’y connaissais personne
et je venais de tout perdre. J’ai composé le premier numéro que j’ai
trouvé sur l’horaire d’OC Transpo. J’ai raconté ma tragique histoire au
téléphoniste. Il m’a dit qu’il allait s’en occuper et il m’a demandé un
numéro de téléphone où il pourrait me joindre. Je lui ai donné mon
numéro à la maison, sachant bien que j’avais tout perdu. Quand je suis
arrivé chez moi, j’avais dans ma boîte vocale le plus beau et le plus
inoubliable message. Le préposé d’OC Transpo avait trouvé ma mallette,
elle était en sécurité auprès du conducteur de l’autobus. La dame qui
était assise à côté de moi avait vu la mallette et l’avait donnée au
conducteur… Cet incident m’a appris beaucoup sur ce pays et m’a fait
l’aimer tout de suite… Je ne l’oublierai jamais.
Souvenirs
du Transitway, Karlis Bouse
Comme je suis né à Ottawa, le Transitway a toujours fait partie de ma
vie, que ce soit lorsque je me dépêchais pour arriver à temps à mes
cours, dans mes allers-retours entre le travail et la maison ou quand je
me rendais à un concert. J’y ai vécu de multiples expériences au fil des
années, mais si je ne devais en dégager qu’un seul souvenir précieux, je
citerais la première fois où j’ai pris l’autobus avec mon garçon, il y a
à peine deux ans.
Comme la plupart des parents néophytes, je cherchais constamment à faire
découvrir de nouvelles expériences à mon fils, en particulier celles qui
m’avaient été agréables. Or, un de ces plaisirs tout simples que je
voulais faire goûter était l’excitation d’une balade en autobus urbain.
Un jour, donc, je suis sorti de la maison et j’ai assis mon petit
bonhomme sur mes épaules (comme le faisait mon père quand j’étais jeune
– et comme l’ont fait presque tous les papas depuis la nuit des temps).
Nous avons marché jusqu’à la station Westboro, descendu l’escalier («
Tiens-toi bien! »), et attendu patiemment l’autobus. Mon fils était tout
émerveillé de voir l’étendue du tunnel du Transitway, admirant le roc
grossièrement dynamité et la vitesse des autobus se dirigeant vers
l’ouest.
Nous n’avons pas attendu longtemps avant que notre autobus arrive. Nous
y sommes montés et sommes demeurés assez à l’avant pour avoir la
meilleure vue possible. Mon garçon tentait tant bien que mal de suivre
des yeux le tunnel, les sculptures et, plus loin, les maisons de la rue
Scott qui se succédaient tandis que notre autobus filait à toute allure.
À l’approche du centre-ville, je lui ai annoncé que nous aurions bientôt
le plaisir, non, l’honneur, de faire sonner la cloche pour que l’autobus
arrête à notre destination. Quand ce fut le temps, je l’ai invité à se
mettre debout et à saisir fermement le câble jaune dans son petit poing
potelé. Mon fils s’est levé sur le siège, m’a regardé avec l’air
d’attendre quelque chose, comme pour demander « Maintenant Papa? Je peux
faire sonner la cloche? » et, le moment venu, j’ai dit : « Vas-y, tire !
» Ding!
La fierté qu’il a ressentie d’avoir fait s’immobiliser cet autobus
articulé de 20 tonnes d’OC Transpo juste pour avoir activé la sonnette
était palpable. À la maison, il ne lui arrive pas toujours de pouvoir
choisir ne serait-ce que le pantalon qu’il devra porter, mais là, il
était le maître de ce gigantesque char d’acier. Je l’ai pris dans mes
bras, et nous sommes descendus de l’autobus pour poursuivre notre
aventure père-fils au centre-ville, qui s’annonçait fort prometteuse
après un départ aussi excitant.
Une promenade en autobus est une expérience si banale, si insignifiante
pour le navetteur quotidien moyen. Or, ce jour-là, ce fut la plus belle
activité que mon garçon et moi avons faite ensemble. Je ne peux refouler
le sentiment de fierté qui m’envahit quand je vois mes enfants découvrir
une nouvelle facette de la vie, que ce soit d’eux-mêmes pour la première
fois ou avec Maman ou Papa tout près. Chaque moment que nous partageons
me laisse une impression indélébile qu’ils ne pourront véritablement
apprécier que lorsqu’ils auront à leur tour des enfants. Notre randonnée
en autobus de ce jour-là constitue certainement l’un de ces moments
précieux, et il s’agit de mon souvenir le plus cher en lien avec le
Transitway.
|
|
Souvenirs
du Transitway, Kavita Davidson
Le temps était horrible ce jour-là, sombre, lugubre et très pluvieux,
soit une journée type d’attente de l'autobus. L’odeur de l’humidité
était omniprésente. L’odeur très prononcée était des plus oppressantes.
Il est 16 h 38, l’heure de pointe dans notre grande ville, ce qui
signifie évidemment que nous allons être tassés comme des sardines dans
l’autobus.
« L’heure était aux ronchonnements. »
Je suis entourée de gens mécontents et fatigués qui souhaitent
uniquement que l'autobus aille plus vite afin qu'ils puissent arriver à
la maison. Certains se coupent du monde en s’abandonnant à une musique
relaxante diffusée par des écouteurs enfoncés dans leurs oreilles,
d’autres se tournent vers la littérature, une distraction appréciée dans
un monde aussi banal.
Un à-coup se fait sentir et un grognement se fait entendre, puis
l’autobus ralentit de nouveau. À quoi peut bien songer le chauffeur?
L’autobus est bondé et un sentiment d’irritation flotte dans l’air.
« Bon après-midi madame », dit le chauffeur fatigué,
« Bonjour jeune homme », laisse entendre une voix grincheuse.
Une petite dame âgée, qui m’arrive à peine à l’épaule, monte à bord de
l’autobus avec une marchette; puis c’est le miracle. Le groupe de
passagers mécontents, qui habituellement refuse de céder un centimètre
d’espace, se scinde afin de créer un corridor où des mains guident sa
lente progression. Les usagers se déplacent immédiatement pour lui
permettre de s’asseoir alors que plusieurs autres l’aident à plier sa
marchette et à s’installer confortablement.
J’étais renversée par ce que je voyais; ces gens font normalement preuve
d'insensibilité et de négligence à l’égard des aînés, mais aujourd'hui
pour une raison qui m’échappe, dans cet autobus bondé, l’atmosphère se
détend. Un sentiment de camaraderie fait place à l’oppression et à la
mélancolie. La journée s’illumine quelque peu et les lèvres des gens
agglutinés les uns contre les autres laissent entrevoir un petit sourire.
Un moment furtif où la bonté des gens perce la dure façade de notre
société, où une petite dame âgée se voit accorder un respect mérité et
la gentillesse des étrangers est récompensée par une petite dose de
bonheur.
C’est une bonne journée.
Souvenirs
du Transitway, Debbie Macri
Voici mon « moment spécial » au sujet du Transitway. Il y a quelques
années, ma fille alors âgée de 17 ans s’est jointe à un groupe de jeunes
canadiens du programme Katimavik. Pendant neuf mois, une douzaine de
jeunes vivent dans trois villes au Canada, travaillant au sein de la
collectivité tout en approfondissant leurs connaissances sur notre grand
pays. Je m’ennuyais beaucoup d’elle, même si je savais qu’il s’agissait
d’une merveilleuse expérience d’apprentissage. Nous n’avons pu aller la
voir qu'une seule fois durant ces neuf longs mois. Trois jours avant son
retour à la maison, un grand bonheur me gagnait. J’ignorais cependant
qu’elle pouvait partir trois jours plus tôt que prévu initialement, et
elle a décidé de me faire une surprise. J’étais à bord de l’autobus 95
au terme de ma journée de travail et, à la gare ferroviaire, une fille
munie d'une valise monta à bord de l’autobus. Je n’ai guère fait
attention avant d’avoir remarqué son manteau. Il ressemblait en tout
point à celui de ma fille, et soudainement j’étais en proie à une joie
mêlée tout à la fois de tristesse. Je la verrais dans trois petites
journées! Puis elle s’est retournée et j’ai crié. C’était elle! Tout le
monde me dévisageait dans l’autobus alors que je quittais mon siège pour
aller la rejoindre. Beaucoup d'étreintes, de baisers et de larmes de
joie alors que les gens tout autour nous regardaient et souriaient. Je
revis encore ce moment lorsque j’aperçois la gare ferroviaire. Le fait
qu’elle monte à bord de l'autobus dans lequel je me trouvais était une
merveilleuse coïncidence.
|