Transitway Memories Contest

Gagnants du concours Souvenirs du Transitway


Il nous fait plaisir de publier les histoires gagnantes du concours, et nous remercions tous les participants.


Félicitations à :

Premier prix  - Gagnant d'un laissez-passer annuel

Niran Kadhim pour l'histoire « My First Ride » ( Mon premier trajet )
 

Deuxième prix - Gagnants d'un laissez-passer mensuel

Keith Farrier pour l'histoire « Running Late » ( Mieux vaut tard que jamais...)
Lois Drummond, pour l'histoire « OC Transpo Gifts of Kindness»
Habiba Chakir pour son histoire
Karlis Bouse pour son histoire
 

Mention honorable

Kavita Davidson pour son histoire
Debbie Macri pour son histoire
 


Mon premier trajet, Niran Kadhim

Comme je suis né à Ottawa, le Transitway a toujours fait partie de ma vie, que ce soit lorsque je me dépêchais pour arriver à temps à mes cours, dans mes allers-retours entre le travail et la maison ou quand je me rendais à un concert. J’y ai vécu de multiples expériences au fil des années, mais si je ne devais en dégager qu’un seul souvenir précieux, je citerais la première fois où j’ai pris l’autobus avec mon garçon, il y a à peine deux ans.

Comme la plupart des parents néophytes, je cherchais constamment à faire découvrir de nouvelles expériences à mon fils, en particulier celles qui m’avaient été agréables. Or, un de ces plaisirs tout simples que je voulais faire goûter était l’excitation d’une balade en autobus urbain.

Un jour, donc, je suis sorti de la maison et j’ai assis mon petit bonhomme sur mes épaules (comme le faisait mon père quand j’étais jeune – et comme l’ont fait presque tous les papas depuis la nuit des temps). Nous avons marché jusqu’à la station Westboro, descendu l’escalier (« Tiens-toi bien! »), et attendu patiemment l’autobus. Mon fils était tout émerveillé de voir l’étendue du tunnel du Transitway, admirant le roc grossièrement dynamité et la vitesse des autobus se dirigeant vers l’ouest.

Nous n’avons pas attendu longtemps avant que notre autobus arrive. Nous y sommes montés et sommes demeurés assez à l’avant pour avoir la meilleure vue possible. Mon garçon tentait tant bien que mal de suivre des yeux le tunnel, les sculptures et, plus loin, les maisons de la rue Scott qui se succédaient tandis que notre autobus filait à toute allure. À l’approche du centre-ville, je lui ai annoncé que nous aurions bientôt le plaisir, non, l’honneur, de faire sonner la cloche pour que l’autobus arrête à notre destination. Quand ce fut le temps, je l’ai invité à se mettre debout et à saisir fermement le câble jaune dans son petit poing potelé. Mon fils s’est levé sur le siège, m’a regardé avec l’air d’attendre quelque chose, comme pour demander « Maintenant Papa? Je peux faire sonner la cloche? » et, le moment venu, j’ai dit : « Vas-y, tire ! » Ding!

La fierté qu’il a ressentie d’avoir fait s’immobiliser cet autobus articulé de 20 tonnes d’OC Transpo juste pour avoir activé la sonnette était palpable. À la maison, il ne lui arrive pas toujours de pouvoir choisir ne serait-ce que le pantalon qu’il devra porter, mais là, il était le maître de ce gigantesque char d’acier. Je l’ai pris dans mes bras, et nous sommes descendus de l’autobus pour poursuivre notre aventure père-fils au centre-ville, qui s’annonçait fort prometteuse après un départ aussi excitant.

Une promenade en autobus est une expérience si banale, si insignifiante pour le navetteur quotidien moyen. Or, ce jour-là, ce fut la plus belle activité que mon garçon et moi avons faite ensemble. Je ne peux refouler le sentiment de fierté qui m’envahit quand je vois mes enfants découvrir une nouvelle facette de la vie, que ce soit d’eux-mêmes pour la première fois ou avec Maman ou Papa tout près. Chaque moment que nous partageons me laisse une impression indélébile qu’ils ne pourront véritablement apprécier que lorsqu’ils auront à leur tour des enfants. Notre randonnée en autobus de ce jour-là constitue certainement l’un de ces moments précieux, et il s’agit de mon souvenir le plus cher en lien avec le Transitway.



Mieux vaut tard que jamais..., Keith Farrier

J’étais un peu en retard, cet après-midi-là – ma réunion avait duré plus longtemps que prévu. J’avais un bon bout à faire, du chemin Startop à Stittsville, mais je pouvais encore reprendre le temps perdu, puisque j’étais tout près du Transitway - et je n’aurais pas à attendre aussi longtemps qu’à l’habitude pour attraper mon autre autobus... Je venais tout juste de déménager dans le secteur ouest, et je savais que, tôt ou tard, mon plan de ‘rentrée tardive ’ allait être mis à l’épreuve – je sautai donc à bord du 95 en direction ouest, depuis la station Cyrville, en route vers la station Hurdman.

« Pff… tout baigne! », me dis-je, en voyant mon autobus arriver plus tôt que prévu. Mais remarquant le numéro « 62 » à l’avant du véhicule et le numéro « 262 » sur le côté de l’autobus, je demandai au chauffeur si l’autobus était bien le 262. Il hocha de la tête en m’avouant qu’il avait de la difficulté avec les chiffres... Je montai donc à bord de l’autobus avec les autres usagers – que je ne reconnaissais pas du tout, mais bon… ce n’était pas l’autobus que j’avais l’habitude de prendre, alors... En peu de temps, nous filions sur le Queensway, en direction de la sortie du chemin Carp… ou du moins, c’est ce que je croyais jusqu’à ce que nous prenions la bretelle de sortie du chemin Eagleson.

« Peut-être cet autobus s’arrête-t-il au parc-o-bus », pensai-je (ou espérai-je), mais j’eus tôt fait de constater que je suivais le trajet panoramique de Kanata. J’eus un moment d’hésitation à la station Hazeldean et ratai l’occasion de changer de parcours, mais comme tout homme qui ne s’est jamais égaré à un moment donné (c’est-à-dire chacun d’entre nous), j’en pris pour mon rhume, certes déterminé à ne pas l’admettre. Envisageant ma très longue marche jusqu’à la maison, j’attendis que le dernier passager quitte l’autobus pour demander au chauffeur si nous étions parvenus « au bout du trajet », à quoi il répondit : « Oui, nous sommes rendus ».

Lui disant que je croyais avoir emprunté le 262, mon chauffeur reconnut immédiatement que nous nous étions mal compris à la station Hurdman. Il me demanda alors où j’habitais, et sans hésiter il fit demi-tour avec l’autobus pour me conduire à Stittsville. Il communiqua avec son répartiteur pour obtenir l’autorisation de dévier de son parcours, mais je suis persuadé qu’il ne s’agissait-là que d’une formalité, car il était déjà déterminé à rectifier la situation.

Aussi impressionné et reconnaissant que je fusse, j’entamai une conversation avec mon chauffeur. Je lui demandai donc si son accent était américain… J’appris alors qu’il était venu au Canada pour jour au football, et qu’il avait élu domicile à Ottawa. Quelle ne fut pas ma joie d’apprendre que mon chauffeur d’occasion n’était nul autre que M. Larry Cates, que j’avais tant admiré jouer pour les Rough Riders quand j’étais plus jeune!

Peu de temps après, j’aperçus mes voisins dehors, fort amusés de me voir descendre d’un si grand véhicule privé, directement devant ma maison. Nous avions invité des membres de la famille à souper, ce soir-là, et je mourais d’envie de leur raconter mon histoire! Nous avons tous bien rigolé, et je suis persuadé que ce trajet à bord d’OC Transpo sera probablement le plus mémorable de toute ma vie d’usager du transport en commun!



"OC Transpo Christmas Gifts of Kindness", Lois Drummond

J’inclus 2 histoires, car elles concernent peut-être le même chauffeur d’autobus. S’il s’agit toutefois de deux chauffeurs différents, c’est que vous avez engagé deux personnes extraordinaires.)


Vers la fin des années 1990, au mois de décembre, je souffrais d’une hernie discale infligée au travail, et je montais difficilement dans l’autobus numéro 32 ou 34 qui allait d’Orléans vers le centre-ville. Le chauffeur s’est montré très attentif et m’a aidé à m’installer dans mon siège. Il a arrêté l’autobus en face de la clinique, de l’autre côté du boulevard Saint-Joseph, où je devais me rendre pour avoir une radiographie de mon dos.

Deux heures plus tard, à la nuit tombée, je me rendais d’un pas chancelant pour attendre l’autobus numéro 120 (aujourd’hui le 130) qui devait me ramener à la maison. Ma blessure au dos était très douloureuse et je redoutais le trajet bosselé en autobus.

J’ai alors remarqué une voiture stationnée dans le stationnement de l’autre côté de la rue, et dont les phares clignotaient. Puis, un homme vêtu d’un uniforme d’OC Transpo a traversé le boulevard Saint-Joseph et m’a dit : « Je suis ici pour vous ramener chez vous madame ». Il s’agissait du même chauffeur qui m’avait aidé plus tôt! À cause du fait qu’il portait toujours son uniforme et qu’il y avait un siège de bébé sur la banquette arrière de sa voiture, je ne me suis pas sentie menacée et j’ai accepté son aide, car j’en avais vraiment besoin (je n’ai pas l’habitude de monter dans la voiture de parfaits inconnus, et l’uniforme d’OC Transpo équivalait pour moi à ce moment à celui de Superman!).

Pendant que le chauffeur me reconduisait chez moi, je lui ai demandé son nom. « Henry », me dit-il. Il ajouta que le trajet que j’avais emprunté cet après-midi était son dernier de la journée et qu’il habitait à Orléans. Il dit aussi que j’avais vraiment l’air d’avoir besoin d’aide, et il avait bien raison! Ce chauffeur était retourné immédiatement chez lui, avait pris sa propre voiture puis avait attendu patiemment durant plus de deux heures dans un stationnement froid, pendant que sa famille l’attendait à la maison. J’ai tout de suite téléphoné à OC Transpo pour raconter ce service exceptionnel!

Durant environ six semaines, des mois de novembre et de décembre 2000, je me suis rendue célèbre auprès de mes compagnons d’autobus à cause des sprints fous que j’exécutais tous les matins pour prendre l’autobus numéro 39. Je montais à bord de l’autobus et montrais mon laissez-passer en reprenant mon souffle et le chauffeur m’offrait toujours un sourire et me disait toujours « Bonjour » avec un joli accent africain ou antillais. Le 17 décembre, m’étant souvenu d’une campagne publicitaire de Noël durant laquelle une jeune fille offrait à son professeur de piano une boîte de chocolats, j’ai décidé de m’offrir le plaisir de donner moi aussi un cadeau à quelqu’un. J’ai donc présenté une boîte de caramels à ce gentil chauffeur d’autobus!

Le conducteur semblait vraiment touché; il m’a regardé et m’a dit avec son charmant accent : « C’est très spécial pour moi, madame. C’est aujourd’hui mon anniversaire ». Le moment ne pouvait mieux être choisi!

Qui aurait cru que l’année suivante, le même chauffeur serait en fonction durant la même période, à la même heure, pour le même trajet. Le vendredi 16 décembre 2001 (son anniversaire tombait un samedi, journée durant laquelle il ne devait pas travailler), je lui ai présenté une boîte emballée contenant des truffes et je lui ai dit : « Tu ne pensais pas que j’allais oublier ton anniversaire, n’est-ce pas? » Son visage s’est éclairé et il me dit : « Vous savez, madame, je pensais bien vous avoir reconnu! », et il inclina la tête en signe de remerciement.

Le lundi suivant, alors que je voulais descendre par la porte arrière de ce même autobus qui m’emmenait à ma destination du centre-ville, le chauffeur m’appela à l’avant. Il me présenta un petit colis emballé avec soin. Je l’ai ouvert à mon bureau et j’ai fondu en larmes! Il s’agissait d’un petit briquet en laiton avec l’inscription « 17 décembre 2001 » (il avait remarqué qu’à chaque fois que je descendais de l’autobus, j’allumais une cigarette!). J’ai toujours ce briquet et je l’utilise seulement pour les occasions spéciales.

Nous sommes tous des individus anonymes qui désirent se rendre du point A au point B et qui ont un horaire chargé. Il existe des personnes remarquables, dotées de la faculté unique de voir plus loin que l’anonymat, et qui prennent généralement soin des gens qu’ils côtoient. Peu importe si ces histoires concernaient un chauffeur ou deux, j’offre mes louanges à OC Transport!



Souvenirs du Transitway, Habiba Chakir

Quand je suis arrivé au Canada en 1997, j’ai dû prendre l’autobus pour aller en ville demander ma carte d’assurance sociale. Après cela, je suis retourné chez moi en autobus. Et pendant le trajet, j’ai décidé à la dernière minute d’aller quelque part faire des courses, ce qui fait que j’ai dû descendre de l’autobus en toute hâte. Au bout de deux heures, je me suis rappelé que j’y avais laissé ma mallette contenant tous mes documents d’immigration, mon passeport, mes cartes d’identité et une grosse somme d’argent que j’avais prévu déposer à la banque.

J’étais complètement perdu, et prêt à faire n’importe quoi pour retrouver mes papiers et mon argent… Personne n’a envie de se trouver dans cette situation dans un nouveau pays, je n’y connaissais personne et je venais de tout perdre. J’ai composé le premier numéro que j’ai trouvé sur l’horaire d’OC Transpo. J’ai raconté ma tragique histoire au téléphoniste. Il m’a dit qu’il allait s’en occuper et il m’a demandé un numéro de téléphone où il pourrait me joindre. Je lui ai donné mon numéro à la maison, sachant bien que j’avais tout perdu. Quand je suis arrivé chez moi, j’avais dans ma boîte vocale le plus beau et le plus inoubliable message. Le préposé d’OC Transpo avait trouvé ma mallette, elle était en sécurité auprès du conducteur de l’autobus. La dame qui était assise à côté de moi avait vu la mallette et l’avait donnée au conducteur… Cet incident m’a appris beaucoup sur ce pays et m’a fait l’aimer tout de suite… Je ne l’oublierai jamais.



Souvenirs du Transitway, Karlis Bouse


Comme je suis né à Ottawa, le Transitway a toujours fait partie de ma vie, que ce soit lorsque je me dépêchais pour arriver à temps à mes cours, dans mes allers-retours entre le travail et la maison ou quand je me rendais à un concert. J’y ai vécu de multiples expériences au fil des années, mais si je ne devais en dégager qu’un seul souvenir précieux, je citerais la première fois où j’ai pris l’autobus avec mon garçon, il y a à peine deux ans.

Comme la plupart des parents néophytes, je cherchais constamment à faire découvrir de nouvelles expériences à mon fils, en particulier celles qui m’avaient été agréables. Or, un de ces plaisirs tout simples que je voulais faire goûter était l’excitation d’une balade en autobus urbain.

Un jour, donc, je suis sorti de la maison et j’ai assis mon petit bonhomme sur mes épaules (comme le faisait mon père quand j’étais jeune – et comme l’ont fait presque tous les papas depuis la nuit des temps). Nous avons marché jusqu’à la station Westboro, descendu l’escalier (« Tiens-toi bien! »), et attendu patiemment l’autobus. Mon fils était tout émerveillé de voir l’étendue du tunnel du Transitway, admirant le roc grossièrement dynamité et la vitesse des autobus se dirigeant vers l’ouest.

Nous n’avons pas attendu longtemps avant que notre autobus arrive. Nous y sommes montés et sommes demeurés assez à l’avant pour avoir la meilleure vue possible. Mon garçon tentait tant bien que mal de suivre des yeux le tunnel, les sculptures et, plus loin, les maisons de la rue Scott qui se succédaient tandis que notre autobus filait à toute allure. À l’approche du centre-ville, je lui ai annoncé que nous aurions bientôt le plaisir, non, l’honneur, de faire sonner la cloche pour que l’autobus arrête à notre destination. Quand ce fut le temps, je l’ai invité à se mettre debout et à saisir fermement le câble jaune dans son petit poing potelé. Mon fils s’est levé sur le siège, m’a regardé avec l’air d’attendre quelque chose, comme pour demander « Maintenant Papa? Je peux faire sonner la cloche? » et, le moment venu, j’ai dit : « Vas-y, tire ! » Ding!

La fierté qu’il a ressentie d’avoir fait s’immobiliser cet autobus articulé de 20 tonnes d’OC Transpo juste pour avoir activé la sonnette était palpable. À la maison, il ne lui arrive pas toujours de pouvoir choisir ne serait-ce que le pantalon qu’il devra porter, mais là, il était le maître de ce gigantesque char d’acier. Je l’ai pris dans mes bras, et nous sommes descendus de l’autobus pour poursuivre notre aventure père-fils au centre-ville, qui s’annonçait fort prometteuse après un départ aussi excitant.

Une promenade en autobus est une expérience si banale, si insignifiante pour le navetteur quotidien moyen. Or, ce jour-là, ce fut la plus belle activité que mon garçon et moi avons faite ensemble. Je ne peux refouler le sentiment de fierté qui m’envahit quand je vois mes enfants découvrir une nouvelle facette de la vie, que ce soit d’eux-mêmes pour la première fois ou avec Maman ou Papa tout près. Chaque moment que nous partageons me laisse une impression indélébile qu’ils ne pourront véritablement apprécier que lorsqu’ils auront à leur tour des enfants. Notre randonnée en autobus de ce jour-là constitue certainement l’un de ces moments précieux, et il s’agit de mon souvenir le plus cher en lien avec le Transitway.



Souvenirs du Transitway, Kavita Davidson


Le temps était horrible ce jour-là, sombre, lugubre et très pluvieux, soit une journée type d’attente de l'autobus. L’odeur de l’humidité était omniprésente. L’odeur très prononcée était des plus oppressantes. Il est 16 h 38, l’heure de pointe dans notre grande ville, ce qui signifie évidemment que nous allons être tassés comme des sardines dans l’autobus.
« L’heure était aux ronchonnements. »

Je suis entourée de gens mécontents et fatigués qui souhaitent uniquement que l'autobus aille plus vite afin qu'ils puissent arriver à la maison. Certains se coupent du monde en s’abandonnant à une musique relaxante diffusée par des écouteurs enfoncés dans leurs oreilles, d’autres se tournent vers la littérature, une distraction appréciée dans un monde aussi banal.

Un à-coup se fait sentir et un grognement se fait entendre, puis l’autobus ralentit de nouveau. À quoi peut bien songer le chauffeur? L’autobus est bondé et un sentiment d’irritation flotte dans l’air.
« Bon après-midi madame », dit le chauffeur fatigué,
« Bonjour jeune homme », laisse entendre une voix grincheuse.

Une petite dame âgée, qui m’arrive à peine à l’épaule, monte à bord de l’autobus avec une marchette; puis c’est le miracle. Le groupe de passagers mécontents, qui habituellement refuse de céder un centimètre d’espace, se scinde afin de créer un corridor où des mains guident sa lente progression. Les usagers se déplacent immédiatement pour lui permettre de s’asseoir alors que plusieurs autres l’aident à plier sa marchette et à s’installer confortablement.

J’étais renversée par ce que je voyais; ces gens font normalement preuve d'insensibilité et de négligence à l’égard des aînés, mais aujourd'hui pour une raison qui m’échappe, dans cet autobus bondé, l’atmosphère se détend. Un sentiment de camaraderie fait place à l’oppression et à la mélancolie. La journée s’illumine quelque peu et les lèvres des gens agglutinés les uns contre les autres laissent entrevoir un petit sourire.

Un moment furtif où la bonté des gens perce la dure façade de notre société, où une petite dame âgée se voit accorder un respect mérité et la gentillesse des étrangers est récompensée par une petite dose de bonheur.

C’est une bonne journée.



Souvenirs du Transitway, Debbie Macri

Voici mon « moment spécial » au sujet du Transitway. Il y a quelques années, ma fille alors âgée de 17 ans s’est jointe à un groupe de jeunes canadiens du programme Katimavik. Pendant neuf mois, une douzaine de jeunes vivent dans trois villes au Canada, travaillant au sein de la collectivité tout en approfondissant leurs connaissances sur notre grand pays. Je m’ennuyais beaucoup d’elle, même si je savais qu’il s’agissait d’une merveilleuse expérience d’apprentissage. Nous n’avons pu aller la voir qu'une seule fois durant ces neuf longs mois. Trois jours avant son retour à la maison, un grand bonheur me gagnait. J’ignorais cependant qu’elle pouvait partir trois jours plus tôt que prévu initialement, et elle a décidé de me faire une surprise. J’étais à bord de l’autobus 95 au terme de ma journée de travail et, à la gare ferroviaire, une fille munie d'une valise monta à bord de l’autobus. Je n’ai guère fait attention avant d’avoir remarqué son manteau. Il ressemblait en tout point à celui de ma fille, et soudainement j’étais en proie à une joie mêlée tout à la fois de tristesse. Je la verrais dans trois petites journées! Puis elle s’est retournée et j’ai crié. C’était elle! Tout le monde me dévisageait dans l’autobus alors que je quittais mon siège pour aller la rejoindre. Beaucoup d'étreintes, de baisers et de larmes de joie alors que les gens tout autour nous regardaient et souriaient. Je revis encore ce moment lorsque j’aperçois la gare ferroviaire. Le fait qu’elle monte à bord de l'autobus dans lequel je me trouvais était une merveilleuse coïncidence.